Le renversement du prince Sihanouk, par le coup d’État de Lon Nol le 18 mars 1970 marquait le basculement du Cambodge dans l’horreur de la guerre, du génocide et de la violence déchaînée. Les deux décennies qui suivirent avaient considérablement transformé la société et l’économie cambodgiennes. La prise de pouvoir par les Khmers rouges le 17 avril 1975 inaugurait le génocide et l’auto extermination du peuple cambodgien. Durant une période de 3 ans, 8 mois et 20 jours toutes les villes furent évacuées, les hôpitaux vidés, les écoles fermés, les usines mises à arrêt, l’argent aboli, les monastères condamnés, les bibliothèques dispersées. Les ressources humaines cambodgiennes étaient réduites à néant. Le peuple cambodgien fut kidnappé, puis assiégée. L’âme du peuple Khmer est brisée. Ses repères ont disparu.
La nation toute entière a été sauvée le 7 janvier 1979 par le Front uni national de salut du Kampuchea, assisté par les forces vietnamiennes. Le 7 janvier 1979 est devenu la deuxième date de naissance de beaucoup des cambodgiens.
Le Front fit aussitôt proclamer l’avènement de la République populaire du Kampuchea. Le peuple cambodgien avait redoublé les efforts pour reconstruire le pays, organiser l’économie, mettre en place le système scolaire, rouvrir les hôpitaux, former les cadres. La première école à rouvrir sa porte était le Chaktaumouk, puis suivi par le lycée Phnom Daun Penh (actuellement Sisowath). La génération de mes parents et celle de mes beaux parents avait travaillé d’arrache pied en vue de rétablir le système éducatif et de sauver la culture khmère. En plus, beaucoup des étudiants avaient parti à l’étranger, surtout à l’Europe de l’Est pour l’enseignement supérieur.
Toutefois, le Cambodge avait du subir l’embargo économique. Le pays n’avait pas accès aux organismes financiers internationaux, sa monnaie n’était pas convertible. L’aide de l’Union soviétique, du Vietnam, des autres pays du bloc soviétique et celle d’une quinzaine d’organisation non gouvernementales occidentales permettaient à la République populaire du Kampuchea de commencer la reconstruction d’une société organisée. Quant aux ressources humaines, il n’était pas possible de combler le vide immense créé par les Khmers rouges. Alors la priorité des priorités s’est située au niveau de formation. Le Parti du peuple cambodgien (PPC) a marqué une nouvelle étape dans la réhabilitation et la reconstruction du pays dans tous les secteurs.
Enfin, une série de rencontres avait lieu en France et en d’autres pays asiatiques en vue d’un règlement pacifique du problème du Cambodge. Le 23 octobre 1991, à Paris, dix-huit gouvernements signent, avec les quatre factions cambodgiennes, les Accords pour un règlement politique global du conflit cambodgien et la France incarne la recherche de la paix au Cambodge.
Mais après les élections générales en 1993, le pays n’était pas en paix. Les conditions préalables à tout développement sérieux n’étaient pas réunies. L’insécurité était générale. Les Khmers rouges étaient éparpillés dans tous les coins du pays. Seulement en menant en 1997 une politique « gagnant-gagnant » de réconciliation nationale, Samdech Hun Sen a pu mettre fin la règne des Khmers rouges et démantelé l’organisation politique et militaire des Khmers rouges.
Néanmoins, le Cambodge a payé une lourde tribu à la guerre et à l’isolement imposé. L’héritage historique était lourd. Au début des années 1990, le Cambodge avait le plus fort taux de mortalité infantile au monde, le taux de mortalité des femmes enceintes ou accouchées était le double du niveau observé en Afrique ou en Inde. Le Cambodge était le pays qui avait le plus fort taux d’handicapés au monde. Le Cambodge avait le plus fort taux mondial de cas de tuberculose par an. 12% seulement de la population rurale avaient accès à de l’eau potable. Dans certaines zones rurales, le taux de scolarisation ne dépassait pas les 30%.
Afin de promouvoir la croissance économique durable et le soulagement rapide de la pauvreté de la population, le Gouvernement Royal accorde une grande priorité à l’agriculture, l’infrastructure physique, en particulier le transport et la télécommunication, l’énergie électrique, le développement des ressources humaines, les industries de main-d’oeuvre et les industries d’exportation et le tourisme. L’objectif de cette politique est de jeter une base pour le développement durable.
Depuis 1993 le tissu économique du Cambodge se transforme en très peu de temps. L’économie traditionnelle basée sur les produits agricoles est de plus en plus axée sur l’industrie et le secteur tertiaire. Avec la paix récemment réalisée, dans le pays règne le sentiment de pouvoir envisager l’avenir avec confiance et fierté. Le sentiment que les perspectives de croissance économique et de création d’emplois se concrétisent. Que enfin la nation cambodgienne puisse enfin envisager de bâtir ici un avenir prometteur. Dans ce contexte, la stratégie du gouvernement est de renforcer les atouts du Cambodge dans la compétition régionale et internationale.
En plus, le gouvernement royal accorde une grande importance aux investissements privés en vue de jeter les bases d’un décollage économique. En reconnaissant le rôle clef joué par le secteur privé en cet égard, la stratégie du gouvernement vise à faire du Cambodge un pôle d’attraction pour les investissements étrangers. Et à encourager l’exportation des marchandises et des services. Tout cela permettra à tous les Cambodgiens de maîtriser leur propre destin économique dans la mesure du possible. Le peuple cambodgien est capable de réaliser cette ambition s’il existe des opportunités et si le gouvernement et les autres partenaires peuvent créer un environnement favorable pour eux.
Fier de son passé glorieux et de ses réalisations récentes, le Cambodge arrive à s’acquérir la force et la ferme volonté d’entreprendre l’ensemble des actions nécessaires à une accélération du développement. Le peuple est prêt à réaliser les potentiels qu’il dispose et transformer leur rêve en réalité. Tout le monde doit engager ensemble, au moyen d’une contribution concrète, pour aider le Cambodge à poursuivre la marche vers un avenir brillant. Il est confiant qu’en travaillant ensemble le Cambodge pourrait remporter cette bataille.
Donc, depuis le début des années 90, le Cambodge a réalisé de gros progrès, mais l’effort de réforme doit être soutenu et renforcé dans les domaines essentiels pour promouvoir la croissance soutenue et le développement durable. Apr1es plus de trois décennies de guerres, la paix est retrouvée et renforcée. La confiance s’est accrue, et les résultats économiques se sont améliorés durant les dix dernières années, avec une croissance annuelle de 6,5% en moyenne, grâce à une politique budgétaire prudente, une gestion monétaire saine et des réformes structurelles appropriées.
Cependant, le Cambodge, avec le PIB par habitant de 300 dollars, demeure un des pays les moins avancés. Il reste beaucoup à faire pour assurer une croissance économique forte et durable, durant les années à venir, dans un climat mondial et régional de plus en plus difficile. Les succès des dernières années n’ont pas suffit à masquer les déséquilibres foudroyants qui les ont accompagnés : la stagnation du secteur agricole, l’inégalité croissante entre les zones urbaines et les zones rurales, les problèmes sociaux liés aux paysans sans terres et la jeune population en quête du travail.
Il est donc essentiel que toutes les parties prenantes du Cambodge poursuivent leur effort de réforme dans les volets structurels essentiels pour répondre aux besoins de développement:
D’abord, la stabilité politique, le respect de l’ordre public et les garanties d’application des lois, et d’administration doivent être renforcés. Dans le domaine de la démocratie et de la promotion des droits humains, le Cambodge a renforcé son propre système de valeurs politiques. Les différentes élections sont régulièrement organisées dans la transparence et l’équité. Les libertés individuelles et collectives sont garanties. Les partis politiques, les syndicats ainsi que la presse fonctionnent librement dans la jeune démocratie. En outre, le Cambodge a marqué son adhésion au dispositif de protection internationale des droits de l’homme, en signant et ratifiant la plupart des accords en la matière. L’éducation aux droits et devoirs du citoyen constitue un volet important de l’action gouvernementale. Cependant, les risques de dérapage dans le maintien de l’ordre politique et social subsisteront dans les années à venir, en raison de la fragilité du tissu politique, social et éthique du Cambodge, due au fait que la culture de coopération et de l’entente politique sont encore naissantes, et par suite des déficiences de la capacité institutionnelles. La société cambodgienne est cassée en deux: les riches et les pauvres. Le Cambodge doit maintenir la stabilité macroéconomique et la croissance économique pour faire reculer sensiblement et durablement la pauvreté et les fruits du développement doivent être partagés d’une manière équitable.
En deuxième lieu, de grands progrès ont été enregistrés ces dernières années et sont à porter incontestablement au crédit du gouvernement : la grande liberté dont jouit la presse, fut-elle étrangère, la liberté totale des cultes, la latitude a bien des égards exceptionnelle laissée aux très nombreuses organisations non gouvernementales, nationales ou étrangères, intervenant dans les domaines les plus variés. Beaucoup reste cependant à faire en matière de lutte contre les trafics d’êtres humains, notamment des femmes et des enfants. De même, il convient de mentionner le problème des paysans sans terre.
En troisième lieu, la période 1993-2003 a vu la consolidation des institutions et l’amélioration des politiques économiques et financières. Néanmoins, beaucoup plus d’efforts doivent être déployés pour que les institutions mises en place fonctionnent régulièrement et que les actions concrètes suivent les stratégies et les politiques engagées. Les réformes menées ces dernières années et à poursuivre durant les années à venir doivent renforcer l’efficacité des institutions politiques et économiques de l’État. Face à une compétition virulente dans la région, il est également nécessaire de promouvoir l’éducation et la formation technique et professionnelle, améliorer l’accès aux soins de santé de qualité, former une main d’œuvre qualifiée, veiller à vulgariser les nouvelles technologies de l’information et de la communication pour en faire des outils au service du progrès. Le Gouvernement royal s’attachera à mettre en œuvre les stratégies et les programmes dans ces domaines.
En quatrième lieu, qu’il s’agisse de la protection et de la mise en valeur des ressources naturelles qui doivent apporter une contribution au développement du pays. L’accès équitable aux ressources doit être assuré pour garantir la cohésion sociale et la prospérité partagée. En fait, il est nécessaire de prendre des actions qui concrétisent la volonté de construire un développement durable à travers la protection de l’environnement et les champs de la coopération technique et financière, culturelle et universitaire, politique et institutionnelle, technologique. Un mécanisme transparent doit être mis en place pour mettre en œuvre un sous décret sur la concession sociale pour renverser la tendance des paysans sans terre.
En cinquième lieu, également de caractère d’accumulation du capital, c’est l’accent qu’on met sur l’épargne intérieure et ressources financières intérieures comme instrument indispensable pour promouvoir l’investissement bien orienté et productif. En même temps, parmi les facteurs immédiats du développement économique, l’offre d’entrepreneurs, d’administrateurs capables et des connaissances techniques occupe une place de premier rang, au moins égale à celle du capital. On a souligné l’importance du capital humain et des investissements consacrés aux hommes en tant qu’agents productifs et l’introduction de techniques perfectionnées. Le Cambodge a vu émergé une classe moyenne soucieuse de renforcer sa capacité de relever le défi du développement. Néanmoins, la classe capitaliste du Cambodge doit rattraper celle de la région en ce qui concerne la capacité institutionnelle et technique.
En sixième lieu, la mondialisation et les relations économiques extérieures doivent soutenir le développement par le biais de: (i) l’aide publique au développement; (ii) investissement étranger direct; et (iii) commerce extérieur. Faudrait-il rappeler, de surcroît, les activités et les résultats des réunions du Groupe Consultatif pour le Cambodge, ou des Missions du FMI, de la Banque mondiale, de la Banque asiatique de développement, des autres bailleurs de fonds bilatéraux ou de l’intégration en sein de l’ASEAN, de l’ASEAN plus trois et l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ce sont autant de mécanismes où le Cambodge prépare les travaux, conduit les débats ou les négociations et conclut les accords pour promouvoir le décollage économique.
Enfin, tous ces rapports et ces analyses, l’infrastructure économique et sociale comme les services publics qui englobent l’enseignement, la santé, les transports, les communications, l’adduction d’eau et d’énergie, les systèmes d’irrigation et de drainage, la qualité des institutions et la bonne gouvernance jouent un rôle prépondérant pour attirer les investissements privés en vue d’assurer le développement durable.
Le présent ouvrage essaye de faire la synthèse de la lutte menée par le Cambodge pour promouvoir le développement durable et la prospérité équitablement partagée, ainsi que des stratégies et politiques de réformes dans les secteurs essentiels qui les ont sous-tendus, et des résultats qui en ont découlé. Il met naturellement l’accent sur les réalisations du Cambodge ces 10 dernières années et aussi sur les problèmes à résoudre dans les années à venir.
L’ouvrage a été construit sur les axes majeurs du développement : (i) l’aperçu général sur les conditions géographiques et climatiques du Cambodge ; (ii) la population du Cambodge ; (iii) le cadre macroéconomique ; (iv) l’agriculture et le développement rural ; (v) l’industrie et le développement du secteur privé; (vi) les services ; (vii) l’infrastructure et (viii) la valorisation des ressources humaines.
En définitive, au delà de la satisfaction personnelle d’avoir engagé dans le processus de développement, je reste convaincu que c’est les cambodgiens qui doivent être le moteur de l’action sur le terrain pour promouvoir le développement au Cambodge. Donc il faut tout faire pour renforcer la capacité des cambodgiennes et cambodgiens à mieux faire face aux défis du développement.
